LES AVALANCHES DE SILS-MARIA
Contribution La Griffe Aquitaine
Rubrique AdHoc
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲▲
Facilité de lecture ▲▲▲▲▲
Rapport avec le rite ▲▲△△△
Si vous ne deviez lire qu’un livre de Michel Onfray, ce professeur de philosophie à la fois encyclopédique et ombrageux, pontifiant souvent, touchant quand il n’est pas caricatural et dogmatique, excessif parfois jusqu’à la bêtise, écorché vif professionnel dans son rôle de Diogène du PAF, lisez « Les avalanches de Sils-Maria ».
On y découvre un Onfray sensible, à l’écriture subtile et légère. Littéraire.
Cette simplicité, déshabillée des effets habituels, lui vient de la sincérité de l’objectif de ce petit livre : payer son tribut au grand Friedrich Nietzsche, celui qui l’a, selon ses mots, inspiré souverainement, faire à son tour le voyage à Sils-Maria pour raconter cette relation amoureuse, vécue d’abord trop tôt comme adolescent, comme beaucoup d’entre nous, puis murie par les années au fil des relectures et du travail.
Sils-Maria, c’est ce village d’Engadine suisse où se réfugie Nietzsche quelque temps à l’abri du monde, ce monde où il écrit : « parfois le pressentiment me traverse l’esprit que je vis en somme une vie très dangereuse, car je suis une de ces machines qui peuvent exploser ».
A Sils-Maria, au pied d’une montagne d’où descendra un jour Zarathoustra, il expérimente la puissance supérieure de la nature. « Sur les chemins qui mènent Nietzsche quelque part, nous dit Onfray, les paysages sont la plupart du temps sublimes », et dans cet univers de roche froide, la généalogie de Nietzsche est aussi une géologie, qui n’est pas pour rien dans l’émergence des grands thèmes, si souvent mal compris, du Sur-Homme et de l’Eternel Retour. Nietzsche, nous dit encore Onfray, propose un matérialisme vitaliste moniste qui ne renvoie qu’à la terre, à l’ici-bas de la terre, au maintenant de la terre. Nietzsche est à la fois aigle et serpent, l’aigle qui voit le réel avec hauteur et perspicacité ; le serpent qui a le sens de la terre, d’avoir son ventre en contact permanent avec elle.
Onfray défend « son » Nietzche, qui peut être aussi le nôtre, contre les récupérations, celle de sa sœur indigne bien sûr, mais aussi celle des soixante-huitards, en particulier du philosophe Gilles Deleuze, qui en fait un « Nietzsche fautif » pour le relier à sa cause gauchiste de la philosophie du désir ».
Alors que pour Onfray, qui se fait fidèle, le Nietzschéisme est avant tout un acquiescement, le fameux grand-oui qu’il avait finalement dit au monde.