CINQ MÉDITATIONS SUR LA BEAUTÉ

Contribution La Griffe de Lorraine

Rubrique AdHoc

Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲△

Facilité de lecture ▲▲▲▲△

Rapport avec le rite ▲▲▲▲△

Le magnifique, l’extraordinaire François Cheng a publié cet ouvrage au début des années 2000.

Sa réflexion est comme à son habitude brillantissime, captivante, poétique… un poil trop quelquefois, car l’académicien nous brosse un panorama de la « beauté » très subjectif, en cinq étapes, cinq « méditations » imbriquées. Il établit immédiatement son discours sur l’ontologie de la beauté, ce qui lui permettra de revenir quand bon lui semble à la manifestation et aux beautés féminines.

Sur un ton anti-platonicien, taoïste, pas déplaisant, mais pas toujours convaincant, François Cheng présente la beauté comme une épiphanie, un « advenir » permanent qui oriente aussi bien l’amour que la vérité. Son immense culture et son intelligence lui permettent de jouer avec les mots, les différentes approches, du matériel aux idées, de l’occident à l’orient…

Tous les arguments du philosophe/académicien sont recevables, mais dès qu’il approche d’une aporie ou d’une idée bancale, le philosophe se protège et c’est le poète qui « reprend la barre », voire le taoïste, la liberté du poète est sacrée, celle du taoïste : idéale, et celle de l’académicien trop morale. Il peut donc s’en tirer « trop » souvent par une pirouette…

Même si c’est un ouvrage incontournable lorsque l’on veut aborder une réflexion sur la beauté, c’est un texte un peu frustrant, car seuls les grands axes sont approchés, à part quelques saillies personnelles, Cheng ne bouscule pas grand-chose, il utilise tout de même Platon, Dostoïevski, Kant, Silesius, le Tao, Proust, de Musset, etc.  En fait c’est un bon élève qui compile et qui se rebelle pour s’affirmer, mais qui fuit les dangers à grands coups de poésies ou de Taoïsme.

Sa réflexion aurait mérité une vraie construction, un travail plus vaste et moins de confiance dans la « beauté » des mots.

Certes la critique est rude, facile, cependant elle est méritée au vu de la qualité de l’auteur, François Cheng est sans nul doute l’un des derniers phares de notre époque. Dans l’intérêt général, il ne peut se permettre d’être aussi laxiste avec lui-même. Les académiciens ne sont peut-être pas les mieux positionnés pour bousculer les vieilles « Idées ».

Précédent
Précédent

LE RÊVE DE MARC AURÈLE

Suivant
Suivant

LE DIEU DU MOYEN-ÂGE