Contribution La Griffe Midi-Pyrénées

Rubrique Art

Recommandation de lecture :   ▲▲▲▲        

Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲

Facilité de lecture ▲▲▲▲

Rapport avec le rite ▲

« Le Quichotte chamboule tout. C’est l’Incendiaire. L’instigateur d’une insurrection permanente dont l’autre nom est la Vie ». (Extrait de Rêver debout)

« Rêver debout » est un des plus beaux livres écrits sur le Quichotte. Une telle réussite – montrer les arcanes subtils du chef d’œuvre de l’humanité que nous a légué Cervantès – prouve la virtuosité de l’écrivaine parvenue au sommet de son art. Sous forme épistolaire, s’adressant à l’auteur, elle manie une langue jubilatoire, limpide, magnifiquement accessible et familière sans rien camoufler de la dimension complexe de son autopsie d’un livre toujours… vivant. 

Qand Lydie revisite le Quichotte à l’âge de la maturité… c’est le choc ! Le génie de Cervantès est si fracassant qu’elle se doit de lui écrire et de l’informer de l’état de notre société quatre siècles après lui. Ainsi, elle s’associe, à sa manière, insolente, abrupte, sensible, aux grands auteurs qui ont hissé le Quichotte aux plus hautes cimes de la littérature. Nietzsche ou Hugo. Et sa plaidoirie, car ce livre s’écoute ainsi, tellement la langue est orale, nous convainc. A l’égal d’un ténor du barreau, elle nous bouleverse dans les dernières pages où le quotidien des souffrances de notre société, mis à nu, crie à vif. 

Lydie Salvayre ne peut concevoir qu’il y ait contradiction entre les vertus célébrées par la littérature et les actes quotidiens des célébrants. Dans ce cas, s’interroge-t-elle, à quoi bon les livres ? Le Quichotte élargit la réalité aux dimensions de son rêve, le ternissant un peu. C’est cela : « Rêver debout ». Il s’élance à contresens de la dure réalité économique. « Le Quichotte veut la fin sans disposer des moyens » explique Lydie Salvayre qui poursuit avec lyrisme : 

« Le Quichotte chamboule tout. C’est l’Incendiaire. L’instigateur d’une insurrection permanente dont l’autre nom est la Vie ». 

Mais il n’a pas le désordre pour finalité contrairement à ces artistes contemporains subventionnés qui ont tout de « l’extrémiste chic, installé confortablement dans des outrances dont il fait son petit commerce ». Le Quichotte cherche à faire advenir « une humanité plus juste, plus haute, plus mélodieuse et où personne ne fera plus s’agenouiller personne ». C’est un « imprudent. Qui préfère à la proie, l’ombre de l’espérance ».

Le destin du Quichotte, c’est l’errance. « Lorsqu’elle s’achève, il meurt » constate Lydie Salvayre qui conclut joliment : « Vous nous soufflez que la poésie demeure, au bout du compte, la seule chose qui se puisse opposer à la violence et à l’absurdité du monde ». 

Qui en douterait ? 

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