La Vieille.
Contribution La Griffe Ile de France
Rubrique Polars
Un aspect inattendu du célèbre auteur de romans policiers.
Recommandation de lecture : ▲▲▲▲▲
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲▲
Facilité de lecture ▲▲
Rapport avec le rite ▲▲▲
Si je vous dis : « Georges Simenon », je parie que vous allez me répondre, comme un mécanisme bien huilé, « Maigret » ! Cette association instantanée est juste : c'est en 1929, chez les éditions Fayard que Simenon publiera son premier Maigret : « Pietr le Letton » et poursuivra les aventures du célèbre commissaire à-travers pas moins de 72 ouvrages, ainsi que plusieurs recueils de nouvelles ! Avec bonheur d'ailleurs, le cinéma et la télévision s'empareront du personnage pour le menotter, de Gabin à Bruno Cremer en passant par Jean Richard ! Mais, Simenon va écrire aussi ce qu'il appellera ses « romans-romans » ou ses « romans durs » : plus de cent dix titres, du « Relais d'Alsace » aux « Innocents ».
« La vieille » appartient à cette deuxième catégorie et nous découvrons avec surprise, un Simenon qui se dévoile comme un authentique psychologue qui soulève le problème de l'intrusion d'autrui dans notre propre vie et la manière dont nous allons y réagir. L'accueil de l'autre, dans toutes les cultures, est un point d'honneur qui se présente comme l'acmé d'un acte civilisationnel, le partage consenti de l'altérité. C'est le côté « bonne cause », mais rien n'est jamais aussi évident que cela : « Je découvrais que c'était un étranger que j'avais contre moi et que j'allais vivre avec un étranger », dit l'un des personnages.
La venue de l'autre me rappelle souvent un passé sur lequel je ne tiens pas à revenir ou à une présence qui devient une véritable occupation qui va nous conduire à la haine et à l'expulsion de ce qui devient une prédation. C'est le thème même de ce roman de Simenon : comment une femme devenue célèbre, se trouve contrainte de recevoir chez elle sa grand-mère, dans un état de clochardisation, oubliée depuis la nuit des temps et qui va lui rappeler d'où elle vient et souligner l'étrange comportement de recevoir ou de s'intéresser aux marginaux, s'assurant ainsi un pouvoir sur ceux qui sont fragiles. Cette vérité ne peut conduire qu'à la haine et au désir de voir disparaître l'autre.
En fait, suis-je capable de recevoir le regard de l'autre sans me déclarer coupable ?
Belle enquête commissaire. Bravo !