L’ÉCUREUIL DU VEL D’HIV
Contribution La Griffe Lorraine
Rubrique BD/Polars
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲△
Facilité de lecture ▲▲▲▲△
Rapport avec le rite ▲△△△△
Bientôt les jeux olympiques ! Le cyclisme sur piste se déroulera du 5 au 11 août. Où ça ? A saint Quentin en Yvelines, au vélodrome national. La piste, en érable, fait 250 mètres, les virages relevés à 45 degrés sont appelés « les falaises ».
Mais, avant, il y eu le Vel d’Hiv, à l’angle de la rue Nélaton et du boulevard de Grenelle à Paris, d’une contenance de 17 000 places pour furieux et pistards. Il fût détruit, sans considération, en 1959.
Cette bande dessinée situe l’action dans les années 1940 et suivantes, où le vélodrome « enfumé, crasseux et assourdissant » était rempli chaque soir et plus particulièrement lors des six jours, courus par équipes de deux qui se relayaient. Les sponsors d’apéritifs se chargeaient des réclames et finançaient les primes. Autre temps…
Le récit alterne, avec beaucoup d’intelligence et de tact, l’histoire factuelle de ce Paris occupé et l’histoire du sport cycliste, ces deux approches se conjuguant au cœur d’un même lieu.
Personne n’ignore les différentes rafles, d’étrangers d’abord en 1940, puis celles des juifs les 16 et 17 juillet 42 avant leur transfert à Drancy puis dans les camps nazis.
Le bâtiment, personnage principal, est traité comme un théâtre, les riches champagnisent au centre de l’ovale, « la pelouse », en représentation, les affamés s’étalent jusqu’au poulailler et hurlent leurs encouragements aux « bêtes » ivres de fatigue, tournant comme des écureuils en cage.
Le Vel d’Hiv monde interlope, tragique, avec ses truqueurs, parieurs, soigneurs et leurs potions, car il faut bien achever les cyclistes. C’est aussi une comédie par l’enthousiasme populaire (l’élan de tous pour un seul) pour cette chose, à la fois si précieuse et si dérisoire qu’est le sport.
Le dessin de Lax est « à l’ancienne », précis, aux encres colorées, ce qui communique ce coté passé et renforce la nostalgie d’un lieu qui abrita la joie et la peine, l’enthousiasme et l’opprobre.