LE TRIOMPHE DES ÉMOTIONS

Contribution La Griffe Paris

Rubrique Hors-Normes

Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲△

Facilité de lecture ▲▲▲▲△

Rapport avec le rite △△△△△

En 2008, Dominique MOISI avait publié « La   Géopolitique de l’émotion » [i]aux Editions Flammarion dans lequel il décrivait les cartes des émotions dans le monde. Il était convaincu qu’afin de comprendre notre environnement géopolitique, il fallait déchiffrer les émotions premières derrière le masque des différences culturelles.

Quinze ans plus tard, cet ouvrage a l’ambition de regarder le monde avec les mêmes lunettes pour l’observer à travers du prisme des émotions. Qu’en est-il donc aujourd’hui ?

La peur prévaut sur l’espoir et au monde de 2008, Moisi ajoute l’humiliation des émotions brutales comme la colère, la rage et même la haine. Ainsi le monde est-il devenu plus sombre et  plus complexe et moins bien défini par la géographie et les émotions sont beaucoup plus « mêlées » qu’elles ne l’étaient en 2008. En Asie, c’est bien plus en Inde qu’en Chine que se trouve l’espoir, et en Europe, la peur est pondérée par l’espoir si l’on estime que la guerre en Ukraine se terminera « positivement » pour l’Europe.

Plus généralement, si la peur prévaut néanmoins sur l’espoir, le monde est marqué par une oscillation entre bipolarité et tripolarité, entre mondialisation et interdépendance.

Les chapitres sont très clairs : la guerre en Ukraine et le divorce émotionnel du monde, l’émergence du Sud global (mais n’y a-t-il qu’un seul Sud ?), le durcissement de l’Orient global, l’Occident entre polarisation et résilience.  Ainsi, on « sent » que le pire n’est pas certain. Le monde marche vers l’Orient mais pas nécessairement vers des régimes despotiques car ils sont plus faibles qu’ils ne le pensent et que ne peuvent l’être les régimes démocratiques. Les changements climatiques, s’il l’on traite correctement le sujet, peuvent être une chance offerte de nous comporter de façon responsable. Les migrants représentent plus « un bienfait qu’une menace ».

Certes, comme « Le pessimisme est d'humeur ; l'optimisme est de volonté » selon le philosophe Alain, l’Occident doit affirmer son socle de valeur et son éthique et se battre pour rester ce qu’il est ou redevenir ce qu’il était.  Le triomphe des émotions ne signifie pas la fin de l’espoir.

Prendre conscience de la nature exceptionnelle des défis de la polycrise doit conduire au sursaut. La résilience des humanismes ne saurait être sous-estimée par les autoritarismes qu’à leurs dépens. Il appartient aux pays membres de l’Occident de ne pas décevoir.

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