PORTNOY ET SON COMPLEXE
Contribution La Griffe Aquitaine
Rubrique Hors-Normes
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲△△
Facilité de lecture ▲▲▲▲▲
Rapport avec le rite △△△△△
C’est en 1969 en effet que Philip Roth, publie cette petite bombe romanesque.
Le titre français - un poil freudien – « Portnoy et son complexe » rend assez bien la sonorité du titre original « Portnoy’s Complaint » mais - pour moi - moins bien la nature du texte, qui est effectivement une longue plainte interminable, que j’irais jusqu’à rapprocher si j’osais de celle de Job dans la Bible, si elle n’était hilarante d’un bout à l’autre, dans la tradition de l’autodérision et de l’auto-apitoiement du meilleur de Woody Allen. Tout se passe d’ailleurs chez le psychanalyste où Alexander Portnoy se penche ou plutôt s’épanche sur son passé. « Est-ce que la plainte pour des gens comme moi – finit-il par se demander - n’est pas une forme de vérité ? »
Dès les premières lignes on est fixé sur la nature du syndrome familial à l’origine de ce traumatisme : une mère abusive dotée de deux pouvoirs magistraux : l’ubiquité – elle voit tout – et la divination – elle lit dans les pensées. Les qualités du père sont autres : il souffre de constipation et d’un caractère faible, mais tendre.
Dans le foyer règne l’inquiétude perpétuelle : ce qu’on doit faire ou ne pas faire, du point de vue de la règle juive, mais pas seulement, toute expérience vécue par les parents ayant débouché sur un interdit, traduit sous la forme sournoise du chantage affectif.
« Je pensais, confie Alexander à son psy, que le terme contrariété était un mot juif ».
C’est dans ce contexte qu’intervient le cataclysme de la puberté.
Le désir irradie soudain chaque minute de la vie du bon-élève-trésor-de-sa-maman et en conséquence la masturbation se voit élevée au rang d’un art majeur ; en tout lieu et principalement au spectacle des appâts des shikse, les filles « gentilles » - c’est-à-dire non juives- qui croisent son chemin.
D’autant que dans la « confusion générale de l’adolescence » il finira par s’apercevoir qu’il n’y a pas que chez lui que le kasher cède souvent à la lubricité.
Bref un livre pour l’été, chaud.