LE SACRIFICE DE RUSHDIE
Contribution La Griffe Midi Pyrénées
Rubrique Hors Normes
« La réplique, ici, est de donner à lire un livre qui va plus loin que le blasphème ».
Recommandation de lecture:▲▲▲▲
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲
Facilité de lecture ▲▲▲▲▲
Rapport avec le rite ▲▲
Salman Rushdie est poignardé en août 2022 à New York par un homme qui n’était même pas né en 1989, année de la fatwa le condamnant pour ses « Versets sataniques ».
Le psychanalyste, membre de l’Académie tunisienne, Fethi Benslama, dans un vif essai de moins de soixante pages, détaille les raisons de cette opiniâtreté criminelle. La terreur islamiste a visé d’emblée les intellectuels tel Tahar Djaout dont l’assassinat a rendu prophétique sa courageuse injonction : « Si tu parles, tu meurs. Si tu te tais, tu meurs. Alors, dis et meurs. »
Le Coran est la parole révélée de Dieu par le prophète Mahomet dont on ne peut douter car il est doté de l’infaillibilité. Or, il est avéré que les événements vécus au cours de sa tumultueuse vie ont interféré avec la révélation du texte. En particulier les Versets qui auraient été dictés par Satan, celui-ci s’étant substitué à l’ange qui portait la parole de Dieu.
Salman Rushdie s’est emparé du Coran pour raconter à nouveau son histoire. Une façon de l’appréhender dans une pensée nouvelle suivant l’évolution des époques. Car l’histoire de l’islam s’est faite par agrégations de menus récits rendant compte du désir et du pouvoir, par citations comme autant de collages.
Ces pierres souvent désaccordées ne se sont assemblées qu’après coup pour donner la grande épopée. C’est l’épopée, proclament à la fois Hugo et Adorno, qui libère les hommes de la peur et les rend souverains. Ce besoin d’épopée explique pour une large part l’illusion dorénavant propagée par l’islamisme. Des musulmans, dont la Tradition se limitait à lire le Coran et à s’en souvenir, veulent désormais revivre ce grand récit ici et maintenant.
S’invente alors une nouvelle utopie : l’origine vécue au présent. Et il est impératif d’étendre cette utopie de l’épopée d’un islam glorieux et pur, dans le monde entier.
En voulant raconter à nouveau le grand récit du Coran, Rushdie transforme la religion en littérature. Et la littérature accorde à chacun le droit subjectif d’interprétation. C’est son essence et sa force.
Cette force-là, qui repose sur la prédominance du fictif censé conduire à une civilisation tolérante, l’emportera-t-elle sur l’aveuglement statique qui amène à la barbarie fanatique ? La fiction suffit-elle, sachant qu’Auschwitz était en fiction un camp de travail ?
Un livre d’une triomphale clarté à la portée de tous !