Si c’est un homme

Contribution La Griffe Côte d’Azur Corse

L’effarante banalité de la barbarie quotidienne dans un camp de concentration.

Rubrique Hors-Normes

Recommandation de lecture: ▲▲▲▲▲

Intérêt général de l’ouvrage: ▲▲▲▲▲

Facilité de lecture:▲▲▲▲▲

Rapport avec le rite: 0

« Les personnages de ce récit ne sont pas des hommes. Leur humanité est morte. »

Déporté à Auschwitz en 1944, Primo Levi décrit deux ans plus tard l’horreur inouïe de la démolition systématique de l’homme. Il retrace pour les avoir vécues la férocité et les humiliations incessantes que « des hommes quelconques », exécuteurs zélés d’ordres inhumains, ont été capables d’infliger à d’autres hommes tels le tatouage par lequel on les marquait comme des bœufs, le voyage dans des wagons à bestiaux qu’on n’ouvrait jamais afin d’obliger les déportés, hommes, femmes et enfants, à rester debout des jours entiers au milieu de leurs excréments, un numéro de matricule à la place de leur nom. Et le froid, la faim, le travail imbécile, les conditions d’hygiène plus que dégradantes, les prisonniers privés de cuiller devant laper leur soupe comme des chiens, les nuits entassés sur des couchettes étriquées à chercher le sommeil et, in fine, la dégradation totale, la perte de toute morale.

 « Ne pas chercher à comprendre. Ici, il n’y a pas de pourquoi », il n’y a pas d’espoir, demain n’a plus de sens, la peur même a disparu, seul compte le combat de chaque instant pour tenter de survivre malgré l’arbitraire des traitements inhumains. Tout est méthodiquement organisé pour qu’en quelques jours, il ne reste, parmi ceux que l’on a pas encore envoyé à la chambre à gaz, que « des non-hommes en qui l’étincelle divine s’est éteinte ».

Malgré tout, au sein de cette horreur, surgissent quelques très rares lueurs de bonté ainsi que deux vers de Dante qui nous rappellent à notre condition d’homme : « Considérez quelle est votre origine / Vous n’avez pas été faits pour vivre comme des brutes / Mais pour ensuivre et science et vertu »…De nombreux ouvrages ont été écrits depuis sur ce sujet. Mais celui de Primo Levi a la particularité de l’avoir été de l’intérieur, dans le « langage sobre et posé du témoin », i.e. sans recourir au pathétique de la victime ou à la véhémence du vengeur, ce qui rend sa déposition d’autant plus glaçante.Et indispensable.

 

 

Précédent
Précédent

U.LY.S.S.E. ou le praticien alternatif

Suivant
Suivant

LE TROISIEME ŒIL