Eloge de l’ennui
Contribution La Griffe Rhône Loire
Rubrique Hors-Normes
Recommandation de lecture:▲▲▲
Intérêt général de l’ouvrage:▲▲▲
Facilité de lecture:▲▲▲▲
Rapport avec le rite: ▲▲
Ce livre est une promenade plaisante et pleine d’esprit sur les différentes façons dont les cultures d’Occident surtout, mais aussi d’Asie depuis l’Antiquité jusqu’à la pandémie ; on lira avec intérêt les pages sur l’acédie qui fut l’objet de rudes batailles intellectuelles au Moyen Age. Aux époques postérieures on discuta aussi avec force de la mélancolie et de nos jours médecins et sociologues tentent de comprendre et analyser les perturbations diverses que l’on appelle dépression, troubles du sommeil, addictions et toutes les pathologies chroniques.
L’auteur n’est pas un historien et, malgré sa grande culture, on sera légitimement en mesure de discuter telle ou telle lecture des textes religieux ou des philosophes anciens. Mais on lira avec un réel esprit d’ouverture sa lecture de l’épisode biblique de Caïn et Abel dans lequel il voit un dédoublement de personnalité. Même ouverture à propos de Madame Bovary et du personnage de Don Juan, dans lesquels il voit une description fine de l’ennui.
On peut recommander les pages consacrées à deux artistes de la Renaissance en pays germaniques, Albrecht Dürer et Lucas Cranach. Ils ont tous deux peint une allégorie de la mélancolie mais avec une minutie remarquable P. Lemoine détaille ce qui unit et surtout oppose ces deux œuvres ; avec cette phrase à la fois profonde et provocatrice : « selon Dürer, et plus modestement selon moi, la création divine, comme la création humaine, ne peut naître que de la douleur mélancolique ».
Autres questions que les débats actuels rendent plus brulantes encore, : les chapitres consacrés au sexe de l’ennui et aux âges de l’ennui ! le tout dans un style très particulier, à la fois instruit et familier, très proche de notre quotidien. En bref, en leçon de la pandémie, un moment de prise de distance et d’amusement !