Contribution La Griffe Bourgogne

Rubrique Hors-Normes

Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲▲

Facilité de lecture ▲▲▲▲△

Rapport avec le rite ▲△△△△

Un chiffre, une date, des évènements macabres. Sans fin. Cette litanie a existé, durant 10 ans, le décompte final est interdit, mais on murmure 200.000 victimes autant qu’Hiroshima. En moins impressionnant car c’était un peu chaque jour, sauf de temps en temps, comme à Had Chekala ou Bentalha. Le murmure, seul survivant de cette période qui n’existe pas, de ces morts qui n’existent pas. Aube, l’héroïne de ce livre, murmure, elle ne peut plus parler depuis qu’une nuit les « tangos » ont fait irruption dans sa vie et celle des siens.

Double sourire pour se souvenir : « Toi tu es un livre » celui qui permet de prouver l’existence de ce qui n’existe pas. Est-ce que cela a vraiment existé ? On en doute, on diminue les chiffres petit à petit, pour n’en laisser que quelques uns, parce que tout effacer est impossible, on ne peut pas détruire les cimetières. On a attribué des cartes aux victimes avec un pécule pour acheter le silence. On fit de même pour les « cuisiniers », un rôle échappatoire autorisant le pardon pour les « tangos ».  À l’époque on lit ces « évènements » dans la presse et si on lit c’est que l’on est encore vivant, on respire encore. On murmure aussi que cela n’a pas existé. En fait, si, cela a existé, mais il ne faut plus en parler. Comme d’une chose honteuse.

J’ai eu le plaisir de vivre quelques années dans ce pays où des évènements n’ont pas existé. Il n’y avait à l’époque plus qu’un attentat par semaine. J’ai rencontré des victimes et des survivants qui n’existent pas non plus. Ce qu’ils m’ont raconté, avec pudeur, est peut-être issu de mon imagination. Ils me semble qu’ils m’ont parlé d’avoir survécu à l’inconnu, de ne pas savoir le matin quand on quitte ses proches si on les retrouvera le soir ? De ne pas savoir dans quel bus a été posée la bombe ? De faire en sorte d’arriver chez soi avant la tombée de la nuit. De ne pas faire de bruit pour ne pas réveiller le monstre qui est tapis non loin. Peut-il encore se réveiller ? Est-il endormi ou terrassé ? Dans le doute autant ne pas l’exciter.

De quel côté l’inconnu a-t-il vécu ce qui n’existe pas ?

Magnifique livre sur l’oubli, l’indicible, la liberté, la mémoire, la confiance en l’autre.

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LA PART DE L’OMBRE