ÉLOGE DES FRONTIÈRES

Contribution La Griffe Aquitaine

Rubrique AdHoc

Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲▲

Facilité de lecture ▲▲▲▲△

Rapport avec le rite ▲▲△△△

Régis Debray, esprit brillant et pamphlétaire stimulant, après avoir à peu près tout fait dans sa vie, à commencer, dans ses jeunes années, par la guérilla dans les jungles d’Amérique du Sud, se contente depuis plusieurs décennies de son chapeau de « médiologue », à l’abri duquel il observe et analyse nos modes de vie – c’est-à-dire notre abrutissement collectif progressif – à la lumière de nos mots et lubies.

Avec cet Eloge des frontières, écrit en 2010, il s’attache à démonter le rêve contemporain d’un monde sans frontières et notre illusion à vouloir vivre dans une « ville-monde », lisse comme la tunique sans couture du Christ.

Il rappelle que notre liberté humaine a besoin de « l’enclos » pour s’épanouir, et que contre les lumières impitoyables de l’ultra-transparence contemporaine le sacral et l’obscur ont partie liée depuis Lascaux.

Il dit encore qu’avec la disparition de la frontière c’est en fait l’altérité qui disparait, cédant la place à l’embrouillamini dont nait l’ennui et, plus grave, il énonce ce théorème de bon sens selon lequel quand l’espace est sans limite, il devient lui-même tout entier frontière, c’est-à-dire zone irritable.

Cet ex-marxiste pratiquant est paradoxalement devenu avec les années le lecteur attentif des signes et des modalités par lesquelles l’esprit vient aux humains, parce qu’il a finalement compris que seul l’esprit fait rempart – ou frontière – contre les barbaries, qu’il a bien connues. On lui doit d’ailleurs aussi un gros ouvrage intitulé : « Dieu, un itinéraire ».

Ce texte-ci se lit avec entrain. Le goût, même un peu trop prégnant, de l’auteur pour la formule tranchante appelle une lecture d’un seul trait ; d’autant que ce petit livre est en réalité issu du texte d’une conférence - donc un propos à écouter - donnée à Tokyo, circonstance de laquelle provient le mot « éloge » des frontières, en écho au livre magnifique du japonais Tanizaki : Eloge de l’ombre.

Tout maçon, rompu qu’il est au passage des portes, ne pourra que ressentir avec lui tendresse pour les frontières.

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