Petit éloge de l'errance.

Contribution La Griffe Ile de France

Rubrique Ad Hoc

Une réflexion profonde sur le refus de se plier aux normes et donc d'accepter l'errance comme conséquence et destin.

Recommandation de lecture: ▲▲▲▲▲

Intérêt de lecture: ▲▲▲▲

Facilité de lecture ▲▲▲▲

Rapport avec le rite: ▲▲▲

Akira Mizubayashi est avant tout un grand bonhomme : passionné de culture française, parfaitement bilingue, il est un écrivain et un penseur de premier ordre, couvert de prix littéraires et reconnu mondialement. Dans cet ouvrage, l'auteur nous conte l'adversité et l'arrogance que l'on rencontre souvent dans la vie. Faut-il faire allégeance, plier, ou risquer l'errance ? Il répond qu'être philosophe, c'est déjà avoir d'une certaine façon l'esprit en errance. Cela permet d'échapper aux vues déformantes ou aveuglantes et cela aide aussi à briser les verrous des identités asphyxiantes. Il convient de se détacher de ses conditions d'existence immédiates et de ses appartenances préétablies que nous n'avons nullement choisies. Il s'agit donc, d'une certaine manière, d'un arrachement. La marche ou l'errance qu'il provoque permet de s'arracher au réel pour aller au-delà. Dès lors, le sujet « se voyage », selon la formule de Jean-Baptiste Pontalis. Nous sommes dans un monde où la soumission générale à un ordre de faits, tend à éliminer ou à écraser les voix individuelles, et il est bon de devenir, pour y vivre le plus honnêtement possible, un habitant d'un « royaume intermédiaire » auquel on accède par une sortie de secours en cas de besoin ! Il faut s'attacher à sauvegarder son statut d'être singulier, jusqu'à mettre entre parenthèse son être social. Mais, en contre- partie, c'est faire l'expérience d'une tristesse lourde, d'une mélancolie tenace et parfois d'une désolation profonde. C'est l'image d'une traversée du désert censée aboutir à la « Terre promise », mais sans soutient d'un groupe ou d'une idéologie salvatrice. Cela devient le pari de ne croire qu'en soi et de s'orienter par l'écoute intérieure. Un travail d'ascèse que l'on retrouve chez les « Pères du désert », mais qui n'est guère à la portée du commun des mortels ! L'errance, c'est un effort d'absence volontaire, de déracinement voulu, de distanciation active par rapport à son milieu qui paraît, en apparence, toujours naturel mais ne l'est pas. C'est tenter de se séparer du natal et du national qui nous fixent dans une étroitesse identitaire. Une tentation nous vient : prendre un sac à dos, un bâton de pèlerin, et affronter le désert !

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