HISTOIRE DE CELUI QUI DÉPENSA TOUT ET NE PERDIT RIEN

Contribution La Griffe Lorraine

Rubrique AdHoc

Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲△△

Facilité de lecture ▲▲▲▲△

Rapport avec le rite ▲▲▲▲△

La grande Jacqueline réinterprète la parabole de l’enfant prodigue sous la forme de monologues. En trois temps : le départ, l’exil, le retour. À chaque temps, le fils, le frère, le père, la mère, le serviteur prennent la parole comme s’il s’adressait à eux-mêmes, nous sommes dans leur tête au moment où ils prennent une décision, qu’ils doutent, qu’ils soient en colère, tristes, bienveillants.

Le début du livre est donc un peu lent pour mettre en place le retour du fils. Mais il n’y a pas de suspense. Nous connaissons tous l’histoire de ce fils, qui part du foyer avec sa part d’héritage, qui dépense tout dans un pays lointain, sans compter, revient miséreux chez lui, et qui est accueilli avec grand bonheur et grande tablée. Le frère, très sage, obéissant et travailleur, lui n’a pas eu droit à ces honneurs, est-ce « justice » ?

Depuis des siècles, le dogme chrétien s’appuie sur cette histoire pour évoquer les péchés et mettre en exergue le « pardon » du père. Alors qu’à aucun moment il n’est question de « pardon » dans le texte de Saint-Luc.

C’est un texte sur l’amour, l’amour qui ne voit pas avec les yeux de la morale, l’amour qui comprend la transgression, l’amour qui implique l’exil, le combat et le retournement.

Les voyages forment la jeunesse, mais aussi l’âme, à l’instar de la cigale et de la fourmi, j’aime à croire que La Fontaine avait bien plus de sympathie pour celle qui avait humé les parfums de la vie que pour la besogneuse enfermée dans son monde de travail obscur, sans perspectives et sans regard vers la voûte étoilée.

Sans rien dévoiler, les trente dernières pages où Madame Kélen sort des monologues imaginaires et commente le sens de la parabole du fils prodigue sont d’une clarté et d’une pertinence qui confirme (si cela était nécessaire) la haute vision spirituelle de cette dame.

Superbe.

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