Contribution La Griffe Lorraine

Rubrique AdHoc

Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲△

Facilité de lecture ▲▲▲▲▲

Rapport avec le rite ▲▲▲▲△

Jules Supervielle (1884-1960). Ce nom, avec ceux des poètes oubliés comme José-Maria de Hérédia, Émile Verhaeren, Henry de Régnier ou Francis Jammes, prodiguera sans doute quelques évocations Proustiennes aux frères de ma génération qui ont appris par cœur leurs poèmes sur les bancs de l’école primaire. Il flottait dans l’air comme un parfum d’amande évadé d’un petit pot de colle blanche Cléopâtre, il y avait encore des blouses sur nos épaules, des encriers en céramique blanche abritant de facétieux lutins qui prenaient un malin plaisir à maculer nos doigts de Waterman bleue, les plumes Sergent Major étaient sur le point de céder la place aux pointes Bic déjà en embuscade, la morale allait bientôt céder la politesse à l’instruction civique et les leçons de choses aux sciences naturelles. Mais, comme disait Signoret, la nostalgie n’est plus ce qu’elle était... Alors revenons à notre poète oublié.

Supervielle a su se faire une place entre les grands poètes classiques du XIXe siècle et les surréalistes. Avec humilité. Tout comme sa démarche face aux mystères de l’univers, fondée sur la contemplation de la beauté du monde et le ressenti d’une immanence que l’on pourrait qualifier de Spinoziste.

Supervielle nous apprend à habiter poétiquement le Monde, avec simplicité, sensibilité et humilité. La perception du sacré caché est à la portée de chacun pour peu qu’il accepte la conversion de son regard. Avec Supervielle, l’œil apprend à saisir les déclinaisons poétiques de la loi unique et multiple.

Dans « La Fable du monde », Dieu confie ses états d’âme. Il pense l’Homme et la Création, puis il dialogue avec l’Homme et finalement l’Homme dialogue avec la Création pour retrouver Dieu.

Ce livre m’a soufflé -ou plutôt insufflé- la conclusion d’une planche transversale sur la Parole perdue, extraite du poème « Dieu parle à l’Homme » :

« Si tu ne me saisis pas bien
Restons taciturnes ensemble.
Que mon secret touche le tien,
Que ton silence me ressemble.
»

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