QUAND FAIRE C’EST CROIRE
Contribution La Griffe Lorraine
Rubrique AdHoc
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲▲
Facilité de lecture ▲▲▲▲△
Rapport avec le rite ▲▲▲△△
Le titre de l'ouvrage est un programme à lui tout seul. Le livre aborde une épineuse question. Suffit-il de suivre scrupuleusement un rite, pour être un pratiquant d'une religion, ici en l'occurrence celle des romains ?
L'affirmation de l'auteur est iconoclaste pour nous car elle touche à nos habitudes rituelles en nous faisant découvrir la véritable nature des cultes romains.
Il y a de quoi bouleverser quelques idées chères aux hommes épris de traditions et de symbolisme.
La religion romaine est constituée d'un ensemble de cultes et n'est donc en aucun cas un ensemble homogène. Mais ce n'est pas pour autant qu'elle doit être regardée comme un fatras de rites et de divinités diverses.
Le point commun de tous ces cultes est celui de la nécessité de pratiquer un rite de la façon la plus stricte. Accomplir le rite devient un acte de croyance aux vertus romaines. Cette conception est bien éloignée de celle des « grandes » religions.
L'idée même de révélation y est absente, et aurait parue incongrue voire contraire aux romains. S'il existe pour eux des révélations, ce ne sont que des signes à interpréter, et l'interprétation des signes nécessite un état d'esprit que le rituel assure.
L'inutilité d'une recherche spirituelle y apparaît en filigrane. Le pragmatisme romain touche jusqu'à la conception même de ce que nous entendons par rituel.
Ce livre nous interroge et c'est à mon sens sa grande vertu. Mélange de mythes fondateurs, de politique, ces rites apparaissent comme la mise en scène des hiérarchies sociales.
Le mauvais accomplissement du rite paraît fautif aux romains, puisqu'il témoigne d'un mépris des institutions. Ceci nous place bien loin de nos rites maçonniques ou religieux traditionnels et c'est sans doute ce qui nous dérange.
Le rite est-il essentiel à la pratique maçonnique ? Je laisse à chacun le soin de répondre. Être un bon romain n'implique pas de pratiquer les rites, mais d'être habité des vertus romaines, la pietas, la fides, l'honestia, etc…
Et ces vertus peuvent mises en action par le rite... On tourne en rond !
Les romains, qui se considéraient comme les hommes les plus religieux, agissaient souvent comme des hommes cruels, manipulateurs, voire immoraux.
Cette satisfaction du bon et régulier accomplissement des rites conduira Rome à sa perte spirituelle et les cultes venus d'Orient s'installeront, jusqu'à chasser les rituels antiques...
C'est à tout cela que nous invite à réfléchir l'auteur.