LES CHAMBRES
Contribution La Griffe Midi-Pyrénées
Rubrique Art
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲△
Facilité de lecture ▲▲▲▲△
Rapport avec le rite ▲△△△△
C’est dans cette année de rupture : 1968, que Louis Aragon au faîte de sa gloire poétique entame l’écriture de ses plus bouleversants poèmes d’amour et les derniers. Le Seuil les publiera l’année suivante, Stock en 1997 et Gallimard les rééditera en 2022.
Jamais le génie poétique de cet auteur mythique n’avait été aussi puissant dans ses aveux d’une réalité cruelle mais exaltante qui est celle du bilan d’une vie dominée par les affres de « l’amour / passion » et qui s’enfonce dans la vieillesse. Une humanité désarmante tissée d’une humilité sans pudeur donne à ce recueil une grandeur à nulle autre pareille, dans une œuvre grandiose. Et le style inégalable est toujours aussi percutant.
Les poèmes sont œuvre de mémoire. Ici, celle d’une vie entière qui laisse ce goût particulier, un goût habitué d’un étirement sans cesse prolongé et pourtant teinté du déchirement d’avoir à quitter la scène. Une vie faite d’ombre et de solitude comme l’amour voué à Elsa avec son éblouissement et ses orages. Cet amour fou qui a été perdu juste le temps d’en connaître l’effrayante absence, comme pour se faire peur.
L’amour s’abrite dans ces chambres qui défilent dans la mémoire. Et celui qui a tant vécu n’a plus de secret à préserver devant la mort qui s’avance. La sincérité qui en résulte autorise cet hymne à l’amour que sont « Les Chambres », à ne rien éluder d’une réalité triviale, celle d’une violence propre à l’homme : « Chambres d’attente où la femme patiemment / Prépare son corps à la violence ». L’amour est la seule consolation devant la finitude de la condition humaine, mais il ne parvient pas à entraver une désolante solitude.
L’amour est le « temps qui ne passe pas » ce qui fait dire quelques décennies plus tard au poète André Velter : « Je ne peux me passer de ce qui ne passe pas » (« Trafiquer dans l’infini » Gallimard).
« Les Chambres » un chef d’œuvre de la poésie du XXème siècle qu’il est impossible d’ignorer.