APRÈS LE SON
Contribution La Griffe Midi-Pyrénées
Rubrique Art
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲△
Facilité de lecture ▲▲△△△
Rapport avec le rite ▲▲△△△
Nikos Lyberis, poète grec originaire de Pyrgos d’Elide, est par ailleurs un scientifique qui vit à Paris depuis 1975, chercheur en géologie, plongeant en bathyscaphe au fond des océans et grand voyageur.
Après « A l’ombre de Cavafis » (éd. Terres de femmes 2015), c’est encore la Grèce qui est au centre de son nouveau recueil, « Après le son », édition bilingue grec-français, traduction de l’auteur et de la poète Brigitte Gyr, gravures de Gilles du Bouchet. Un papier épais, une typographie à l’ancienne, une couverture en gros papier buvard, des gravures, authentiques œuvres d’art… un livre de bibliophile !
La Grèce rayonne dans les poèmes de Nikos Lybéris. Celle qui incarne le génie méditerranéen, dans ses paysages « à l’innocence inchangée » depuis l’Antiquité, les vieilles routes et chemins imprévisibles, le clapotis des vagues, les tilleuls sauvages, l’herbe des collines, les pêcheurs aux gestes lents, les oiseaux migrateurs, les îles et les villes sans défenses. Toute la nature de la Grèce est prise au filet des poèmes, mais au-delà du simple décor : « La nature ne contient pas d’objets / juste des choses vivantes / Chaque chose une vérité. »
La vérité évolue dans ces paysages réels ou imaginaires avec les réminiscences des voyages anciens à Lerna, à Mehrgrah, à Larsa, au Caucase, en Syrie et autres. Et la Grèce a été lieu de guerre aussi dans le passé récent, a enduré la pauvreté, le chaos, les dictatures des colonels, mais elle a « l’instinct du
Renouveau » et il y aura toujours « une route ancienne / qui va plus loin que les autres ». Ce pays de montagne et de mer dit la « simplicité suprême qui abolit toute règle ».
La mythologie et l’histoire défilent aussi, en transparence, dans les mots de Lyberis. Constantin Cavafis dans l’ombre duquel il se place, fustigeait la fuite, cause de défaite, alors même que, disait-il : « nous nous tenons hors des murs, prêts au combat » ; notre auteur voit dans cette attitude et la succession des victoires la marche d’une civilisation : « Les murs se retirent d’autres murs arrivent ».
« Après le son » m’a fait découvrir l’univers particulier de la poésie grecque contemporaine dont la modernité est toute pétrie du faste d’une Antiquité indélébile et des derniers avatars d’un pays qui fut meurtri mais dont la beauté et l’aura sont immuables.