GERMAINE RICHIER LA MAGICIENNE
Contribution La Griffe Lorraine
Rubrique Art
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲▲
Facilité de lecture ▲▲▲▲▲
Rapport avec le rite ▲▲△△△
… Car cette femme, rude et généreuse, avait pitié de la réalité et c’est pourquoi, sa vie durant, son œuvre fût de la transfigurer. ** Il faut bien s’entendre ! Non de l’embellir, au sens classique, cette réalité, (le beau), ni présenter sa vision (le discours), une manière (le style) ou proposer une réponse (l’argument)… Non, la sculpture de G. Richier, à partir de 1945 jusqu’à sa mort en 59, aura été le dépassement, ceci sans prises salvatrices où s’accrocher, car tout superflu est enlevé.
Son œuvre se situe au-delà du royaume de la forme. Elle la dépasse et il n’en reste que l’ultime présence : Une essence, figée dans le bronze.
Pour prendre un exemple : comme si tous les sentiments éprouvés lors de l’écoute d’une œuvre musicale s’étaient solidifiés, cristallisés en un bloc. Statue de sel.
Oui, statue, mais grattée au plus près de l’os.
Il ne reste alors que la force (l’intensité), la congruence (car tout ce qui est vivant est égal), la présence (témoignage immobile), le silence (éternel), une béatitude (face au Christ d’Assy, un temps refusé en 1951), une sidération tranquille.
Car ces sculptures : l’Ogre 1949, l’Ouragane 1949, l’Orage 1947, le Pentacle 1954, la Mante 1946, la Chauve-souris 1948, les Seiches 1952 et bien d’autres, sont si pures, si loyales, si vraies, si solides dans leur considération à notre égard. En effet, ce sont elles qui nous regardent et non l’inverse, nous renvoyant librement à la place que nous devons tenir en ce monde. Leur mesure et démesure, à la fois, passent en nous, nous incorporant à leur fonte, fusionné que nous sommes devenus et coulé dans le métal en feu.
Si vous passez par Antibes, filez au musée Picasso, traversez les salles au pas de course et allez respirer sur la terrasse, face à la Méditerranée et aux quatre sculptures de Germaine Richier (la Vierge Folle, la Foret, la Feuille, le Grain.) posées là, sur le parapet, en équilibre, à la limite du vide… entre deux mondes.