J’EXISTE - JE ME SUIS RENCONTRÉ
Contribution La Griffe Lorraine
Rubrique BD/Polars
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲△△
Facilité de lecture ▲▲▲▲▲
Rapport avec le rite ▲△△△△
Gotlib fait partie du Panthéon des plus grands dessinateurs, la qualité de son trait, l’expression dans ses bandes dessinées en font un maître reconnu par tous. Mais un dessin sans fond ce n’est rien, le registre humoristique absurde, burlesque et génialissime était l’univers de Marcel Gotlib, de son vrai nom Marcel Mordechaï Gottlieb.
Fils d’un peintre en bâtiment, ce jeune juif, né un 14 juillet 1934, va connaître les joies de la Seconde Guerre mondiale et échapper de justesse à l’horreur que l’on connaît.
Sa pudeur et son élégance écartent du récit les moments difficiles, on les devine derrière son humour subtil ou des scènes cocasses. Par exemple, sa mère, harcelée par une cour excessive d’un officier allemand et qui rentre chez elle en courant pour enfin décoller son sac à main de sa poitrine… pas pour en cacher ses atouts, mais son étoile jaune.
La vie de Marcel se passe, en exil, loin de sa mère, c’est la guerre, son père est porté disparu, son obsession de la naturalisation lui a coûté cher, il s’était engagé dans l’armée française… il aurait, je cite, « accepté de se faire enc…. par le maréchal Pétain… Rien que pour obtenir la naturalisation française ». Rien ne prédestine finalement ce jeune homme timide à devenir l’un des plus grands dessinateurs à l’humour si parfaitement identifiable, ou jamais la méchanceté, ou les passions tristes n’emportent la victoire ! La légèreté, l’absurde, le comique, le rocambolesque, le fantasque et le génie sont à l’œuvre pour que toujours le rire, la vie… soient au-devant de la scène.
Cette biographie qui s’arrête à l’adolescence, au premier amour, n’aborde malheureusement pas la suite, sa carrière, ses débuts, c’est mon seul regret.
Ce livre reste un témoignage touchant, délicat, subtil et étonnamment sans aucun pathos, mais beaucoup d’humilité, un courage sans colère. Gai-Luron, la coccinelle, Newton et tous ses personnages traversent ce texte en ombre chinoise, aussi cette biographie ne vaut que lorsque l’on connaît l’œuvre du grand GOTLIB, ce petit rigolo qui se considère comme un « constipé du cœur ». Certains pensent qu’on ne voit bien qu’avec le cœur, encore faut-il savoir ouvrir les yeux pour l’éclairer correctement.