Sage fol ou philosophe ?
- Avez-vous donc bon loisir en ce moment, ami ?
- Que nenni mon compère, il me faut travailler sans cesse et sans trêve ; de repos ne connaît point. Pas de lumière en ma maison, à ma terre attaché en toutes saisons, rien que la voûte étoilée au-dessus de ma tête.
- Que dirais tu d’avoir clarté la nuit comme en jour plein, loisir et travail en égalité, courir le monde à l’envi, le parler heureux avec les tiens en leur lointain, trinquer santé avec Séléné, musique à ta fantaisie, habits neufs et chausses lustrées hors fêtes et pèlerinages, enfin bourse pour manger et vivre à satiété ?
- Mon Dieu, mon Dieu qui es- tu donc ? Tu veux mon ombre en échange, mon corps en la géhenne, mon âme à perpétuité?
Damné pour l’éternité je n’en veux, que ferais-je de désirs toujours rassasiés ?
Donne- moi la joie du moment qui vient, les amours fraternelles et les autres , de belles lectures et de bons enfants, écarte de moi les humeurs malignes, les barbiers, les malveillants et les importuns, ma vie en sera plus douce et je remercierai le ciel en sa bonté.