LE MYTHE DE LA VIRILITÉ
Contribution La Griffe Aquitaine
Rubrique Hors-Normes
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲▲
Facilité de lecture ▲▲▲▲▲
Rapport avec le rite ▲△△△△
L’actualité nous livre quotidiennement des dérives comportementales, sexuelles souvent, politiques parfois, militaires toujours, agies par nos congénères mâles, conduites génératrices d’un malaise sous-tendu par le modèle normatif de la virilité, exalté depuis des millénaires dans des valeurs de force, de puissance, de courage, d’hétérosexualité triomphante.
Depuis Eve jusqu’au code Napoléon, l’homme s’est approprié le ventre des femmes, préservant la pureté de la lignée jusqu’au droit de tuer au risque d’enfant illégitime. Cette diabolisation du sexe féminin va envahir l’espace public, aboutissant à essentialiser la femme dans un triptyque à valeur de sainte trinité : vierge, mère, pute, identification narrative de la féminité. La virilité désigne un énoncé normatif, idéal aussi difficile à conquérir qu’à conserver, « privilège » masculin qui impose à tout homme le devoir d’affirmer en toutes circonstances sa vigueur, sauf à sombrer dans l’impuissance et la soumission, vertus symboliques de la féminité. Ainsi, la circoncision prend sens de coupure avec le monde féminin, évacuant la grande peur de l’indifférenciation sexuelle, à l’instar de l’excision-contrôle. L’éducation spartiate caricature cet impératif guerrier, où les « trembleurs » et autres fuyards seront déclassés avec mépris. Athènes, malgré une « pédagogie pédérastique » méprise les « épilés », « l’éraste » reste pénétrant, contrairement à « l’éromène », système préservant la nécessaire virginité des jeunes filles.
On retrouve ces éléments au Japon, chez les moines bouddhistes, dans des traditions africaines, où l’adolescent féminisé est virilisé par le sperme qu’il reçoit, processus initiatique dont la finalité aboutit, tant chez les Aztèques que chez les Nubiens, passant par l’Egypte antique et les peuples barbares, à cet idéal guerrier, masculin, savoir mourir et donner la mort. Le « testis » latin en est le témoignage, symbolique de la puissance créatrice. « Être couillu » est tenir fermement sa position, dont l’excès du devoir de pénétration se symbolise chez le fanfaron Priape.
L’autrice propose alors une déconstruction du monde viril et de la tyrannie des passions, « dé-sexuation » voire décolonisation qui élabore une critique de la révolution féministe tout aussi basée sur des préjugés, ouvrant sur de nouveaux rapports indispensables pour un équilibre entre les deux sexes. Ce mouvement s’amorce à l’heure des lumières, jouant sur la fluidité des signifiants sexuels. Les re-fondements du couple passent-ils par une refondation des hiérarchies binaires où le masculin prévaut sur le féminin, le pouvoir sur la justice, la raison sur l’émotion, le fort sur le faible, l’ego sur l’amour… livre d’une profonde richesse aux références multiples.