L’ANOMALIE
Contribution La Griffe Parisienne
Rubrique Hors-Normes
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲△△△
Facilité de lecture ▲▲▲△△
Rapport avec le rite ▲▲△△△
Le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions. L’idée originelle est absolument géniale à mi-chemin entre dystopie et roman philosophique.
Paru en septembre aux éditions Gallimard, cet ouvrage mérite son nom. C’est une anomalie littéraire que le jury Goncourt a récompensée. Un vol Paris-New-York se pose deux fois à quelques semaines d’intervalle et les passagers du Boeing sont donc face à leur double. Comment imaginer une situation narrative plus difficile à gérer pour un romancier ?
L’auteur se demande à juste titre ce qu’aurait pu être notre vie si nous n’avions pas choisi telle voie plutôt qu’une autre. Chaque personnage rencontre son double et s’offre ainsi une autre possibilité de vie. « Vite ! Est-il d’autres vies ?» s’exclamait déjà Rimbaud. Existons-nous vraiment ou sommes-nous des êtres virtuels ? Telle est la question qui se pose au lecteur une fois le livre refermé.
Chapeau bas mais là commence la descente aux enfers…
Si l’intention du livre est bonne, autant de chausse-trappes, de mises en abyme, d’impasses logiques intriguent puis finalement déconcertent. Les nombreux personnages – trop nombreux peut-être- et choisis parmi les canons de notre époque, se désincarnent rapidement. D’ailleurs le lecteur est empêché de s’identifier. L’intrigue, d’abord plaisante, prend vite les allures d’un scénario de série télévisée peu vraisemblable voire surréaliste. On ne s’ennuie pas mais on décroche vite !
Le propre de la littérature n’est-il pas de nous consoler du monde, surtout en ces temps de détresse ? Contre toute attente, le livre qui a été récompensé par le prix littéraire le plus prestigieux approfondit notre sentiment de déréalisation. Et ceci, alors que, en ces temps où la pandémie nous oblige à nous tenir loin les uns des autres, à aseptiser nos rapports, l’humain est plus que jamais en quête de chaleur, de chair, d’empathie, d’incarnation et de vraies rencontres.
Ce roman est un pur joyau intellectuel qui s’adresse à nos neurones plutôt qu’à tout l’être. Il ne nous aide pas à vivre. Au contraire, il nous laisse comme un malaise, échouant dans cet effort désespéré pour ouvrir une brèche dans le semblant de vie qui s’est désormais installé.