Instructions aux domestiques

Contribution La Griffe Lorraine

Rubrique Hors-Normes

Recommandation de lecture:▲▲▲▲

Intérêt général de l’ouvrage:▲▲▲

Facilité de lecture:▲▲▲▲▲

Rapport avec le rite: ▲

Tout le monde connaît Gulliver et ses voyages, mais Jonathan Swift a écrit des textes satiriques, ironiques, sarcastiques et quelquefois à la limite de l’absurde. C’est le cas du recueil « Instructions aux domestiques » où l’humour, la férocité et l’absurde n’épargnent ni les maîtres ni les serviteurs, les premiers sont des exploiteurs et les seconds des feinéants peu ragoûtants. La suite de l’ouvrage : « opuscules humoristiques » comporte divers textes, plus ou moins corrosifs dont le fameux « modeste proposition » où Swift présente une solution radicale pour régler la famine qui sévit à son époque en Irlande : manger les enfants. Ces êtres chétifs qui pullulent, inutiles et pourtant délicieux. Il repousse les limites de la logique jusqu’à ce qu’elle devienne odieuse, au-delà de toute morale, pour réfléchir aux causes et non aux conséquences de nos problèmes. Vous pourrez lire aussi « Méditation sur un “ balai “ », une parodie d’envolée spirituelle dont Swift dénonce la prévisibilité d’une pensée artificiellement pieuse. Au final, Swift est un grand mélancolique, certains l’ont accusé de nihilisme, lui le doyen de la cathédrale de Saint-Patrick de Dublin. Avant toute chose, je pense qu’il est l’un des ancêtres de Desproges et Jean Yanne, c’est-à-dire un vrai écorché, non pas « vif » mais pudique et sensible, ni optimiste, ni pessimiste, mais tragique.

L’humour provocateur et l’absurde permettent d’aborder des sujets dont l’énoncé frontal serait soit insupportable, soit trop dangereux pour leurs auteurs. C’est la meilleure façon de provoquer une réflexion, abattre le politiquement correct, tout en se gardant d’y asséner de la moraline.

L’ensemble de l’ouvrage est de « bon conseil », mais comme le dit Swift lui-même : « Personne n’accepte de conseils ; mais tout le monde acceptera de l’argent : donc l’argent vaut mieux que les conseils. » Les spécialistes apprécieront de définir s’il s’agit d’un sophisme, d’une litote, d’une antiphrase ou simplement d’un raisonnement par l’absurde, ce qui est sûr, c’est que la pensée de Swift dissimule bien des plis et des replis en utilisant l’absurde pour humilier la raison.

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