ET ON TUERA TOUS LES AFFREUX

Contribution La Griffe Lorraine

Rubrique Hors-Normes

Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲▲

Facilité de lecture ▲▲▲▲▲

Rapport avec le rite ▲▲▲△△

Chacun sait, du moins je le suppose, que Vernon Sullivan fut un pseudonyme de Boris Vian. Mais pourquoi se cacher derrière un pseudonyme ?

Boris Vian, esprit brillant, artiste accompli, auteur, poète, compositeur et musicien de grand talent, craignait les foudres de la censure, dont il avait hélas plus d'une fois senti les lames acérées du ciseau. N'avait-il pas composé, « le déserteur » ?  Si l'Ecume des jours avait ravi les lecteurs, qu'en serait-il de polars méchants et flamboyants ? Bien lui en a pris, car ce roman exceptionnel n'aurait jamais été édité sans cette précaution.

Un coup de Maître, un coup de tonnerre dans le ciel des endormis. Bourgeois, tremblez, la trompette apocalyptique de Vian annonce la fin des jours quiets.

Coup de génie, car derrière une intrigue policière peu commune, celle d'un homme beau comme le jour embarqué dans une volonté génocidaire, se tient un discours admirable contre la pensée -déjà- identitaire d'exclusion.  Sous les effets de style d'une narration vive, Vian fait un exposé magistral contre l'eugénisme, contre les « bien-pensants », contre ceux qui rêvent d'un monde où les autres, les petits, les gros, les malingres, les colorés, les boiteux, les vieux, n'auraient plus de place.  Son héros, en prenant le contre-pied de la sagesse, se pose en négatif des vertus humaines, de la compassion, de l'empathie.

Ce livre est une puissante allégorie du monde profane, abandonné à ses illusions grotesques (grotesque mon cher Platon, selon votre enseignement).

Alors, oui, avec Et on tuera tous les affreux on peut philosopher et plus sagement que le titre le laisse supposer. Recommander ce livre ? Cela va de soi, pour la triple joie qu'il délivre. Joie de lire un auteur hors du commun, avec une intrigue qui rend minable les poncifs des séries policières. Joie de se plonger dans les contradictions humaines et enfin joie de découvrir sous l'abomination une perle de sagesse.

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