Le deuil de la mélancolie

Contribution La Griffe Lorraine

Rubrique Hors-Normes

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Intérêt général de l’ouvrage ▲▲

Facilité de lecture ▲▲▲▲▲

Rapport avec le rite ▲

La peur de la mort confrontée à l’indifférence, l’orgueil et l’incompétence.

Michel Onfray ne bénéficie pas d’une solidité physique à toute épreuve. Dans cet ouvrage il raconte comment, chargé d’un double deuil : son père et sa compagne, il ne parvient pas à s’économiser, se protéger et son corps va alors s’exprimer.

Victime d’un malaise, il faudra plusieurs jours et plusieurs mauvais diagnostics, avant qu’une présentatrice TV lui procure un rendez-vous en urgence et lui sauve la vie. C’est le récit d’un homme qui malgré son prestige médiatique fait le constat d’une médecine imbue d’elle-même, de vrais « diafoirus ». Il est très en colère, et avec raison, contre un grand spécialiste, qui lui demande deux cent cinquante euros pour une simple consultation généraliste. Ce médecin fera un très mauvais diagnostic et ne voudra jamais le reconnaître, l’ego et la mauvaise foi de cet homme pourraient être comiques s’il ne mettait pas la vie d’autrui en danger.  Son « aura » parisienne ne présume en rien de ses capacités « Car afficher “près de quarante-cinq ans d’exercice professionnel“ n’atteste pas d’une compétence, mais de la durée d’une incompétence. »

La mère de Michel Onfray a été victime de ce genre d’erreurs par négligence, donc il traîne un passif depuis son enfance, renforcé par un infarctus incompris à l’âge de vingt-huit ans, puis la longue agonie de sa compagne. La médecine, la souffrance, le malheur, il connaît trop.

Résultat de son périple : un AVC qui emporte avec lui un quart de son champ visuel, cela aurait pu être évité.

L’ensemble du récit est touchant, Onfray est cerné par la mort et la maladie est en lui. Il n’a pas peur de la mort, il a peur de l’infirmité, de l’impotence, de la sénilité. Étonnamment, il évince toute questions religieuses, il n’en plaisante même pas, ce qui prouve le désarroi de cet homme à ces moments difficiles et l’immensité de notre solitude même lorsqu’on est une star médiatique, seuls les rapaces rodent, à l’image de la chanson de Barbara, mais dans une version bien plus noire.

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