Secrets de thérapeute.

Contribution La Griffe Île de France

Rubrique Hors-Normes

Recommandation de lecture:▲▲▲▲

Intérêt général de l’ouvrage:▲▲▲▲

Facilité de lecture:▲▲ ▲ ▲

Rapport avec le rite: ▲▲▲

Il y avait un lieu magique à l'Université Paris VIII - St. Denis : celui du département d'ethnopsychiatrie où nous écoutions, ébahis, le grand sorcier Tobie Nathan, évoquer les cures de psychothérapie à partir des traditions africaines, antillaises ou asiatiques. Les exposés et discussions étaient souvent suivis par des présentations de malades d'origine diverses, très souvent africaines qui venaient nous parler des possessions et des sorts que de mauvais esprits leur envoyaient. Avec du recul, je m'étonne que nous ayons été fascinés, alors que dans un séminaire « classique » de psychanalyse, nous en aurions conclu à l'existence probable d'une psychose. La magie opérait dans le sens où nous redécouvrions notre propre irrationnel interne et que notre mince rationalité ne faisait guère le poids face à cette dimension-là ! Pour Tobie Nathan, l'accès à l'inconscient passait par la culture du sujet et non par des réponses se voulant universalistes ; d'où ses distances de plus en plus marquées avec la psychanalyse tellement esclave d'une vision européenne du monde. Le thérapeute n'est pas seulement un technicien : il se doit d'être ce qu'il est en lui-même face au patient ou à l'autre en général. Tobie Nathan fera sienne la devise de son maître à penser, Georges Devreux, fondateur de l'ethnopsychiatrie : « Le maître n'est pas un professeur. Ce n'est pas par son enseignement qu'il s'impose au disciple, mais par son être ! ».

Né au sein de la communauté juive égyptienne, entachée elle aussi d'esprit magique partagé avec les musulmans et les coptes, Tobie Nathan va vite comprendre que la psychothérapie n'est efficace que si elle va à la racine des croyances propres à chaque groupe culturel, car chaque groupe génère une vision du monde qui crée l'enracinement du sujet dans son vécu, qu'il soit Ouolof ou Bourguignon ! L'auteur réveille en nous, surtout chez les Francs-Maçons, la dimension de l'altérité qui crée le respect de l'autre.

Nous sortions des cours, avec l'impression d'avoir fait un étrange périple dans des lieux insoupçonnés. Nous aurions pu évoquer un passage de « Ma Loge Mère » de Kipling : « Mahomet, Dieu et Shiva jouaient étrangement à cache-cache dans nos têtes » ! Même si je porte quelques réserves sur l'efficacité clinique de la méthode, je rentre avec joie dans cette démarche de ré-enchantement du monde, en réveillant les dieux somnolant dans nos mémoires !

 

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