Contribution La Griffe Midi-Pyrénées

Rubrique Hors-Normes

Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲△

Facilité de lecture ▲▲▲▲△

Rapport avec le rite ▲▲△△△

Ce roman m’a emporté avec la puissance d’un courant qui entraîne au large. J’ai marché dans les pas des personnages, le cœur battant et au final les yeux humides, comme au cinéma. Car c’est un vrai film que déroule Camille de Villeneuve. Un scénario implacable où se révèlent les profondeurs des désirs et des peurs de l’âme humaine et l’immutabilité de la franche brutalité du taureau de combat.

Tout bon livre a sa part de pédagogie à destination du lecteur, et celui-ci, avec une subtilité virtuose, la camoufle dans un récit haletant. On y apprend tout de la tauromachie mais dans le feu de l’action. On apprend tout des liens qui unissent deux sœurs, de la servitude d’élever des enfants surtout s’ils sont différents, tout de l’amitié féminine, de celle, virile, des banderilleros, de la rouerie des hommes d’affaires qui vivent du courage des toreros et surtout de l’âme complexe du torero.

Ici, le torero est une torera, Sandra, qui a connu son état de grâce avant d’être fragilisée par une cornade et qui, aidée par l’affection de sa cuadrilla, des siens et l’audace risquée de son valet d’épée vit une longue remontée vers la bravoure triomphante et la gloire, confrontée à tous les obstacles d’un milieu qui se sait menacé par les mœurs hygiéniques modernes. Le torero « maestro » est avant tout le matador. Celui qui tue. S’il tue mal, la grâce et la hardiesse qui ont précédé seront oubliées. Il sera méprisé. Cette race de tueurs est exclue de la société. Ne survivent donc que les plus impérieux, ceux qui ont compris qu’ils ne seront jamais autre chose que des tueurs.

Ce livre ne fait pas l’apologie de la tauromachie ni ne plaide en faveur de sa suppression. Le lecteur ainsi armé de ce roman, est libre de son choix. C’est d’abord un roman d’une vibrante humanité qui embrasse les liens qui réunissent et opposent les animaux et les hommes. Il dit le sens de l’honneur et de la fidélité et cette façon quasiment perdue de se tenir à distance du monde, dans la solitude, indifférent au regard des autres, donnant « du prix à toute chose », pour ne pas oublier « la poésie, les poètes et les artistes ».

Servi par une langue aussi précise que fluide, ce bel ouvrage trouve sa place sur l’étagère des grands romans de la tauromachie.

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