NEZ DE CUIR GENTILHOMME D’AMOUR
Contribution La Griffe Lorraine
Rubrique Hors Normes
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲△△
Facilité de lecture ▲▲▲▲▲
Rapport avec le rite ▲△△△△
J’aurais dû naître noble dans le premier quart de ce 19ème siècle, au temps d’avant les machines, du commercial, des flatteries de cour où l’on se déshonore de ne pas être soi-même, à tenir un rôle et non son rang. Amish chemin entre anachronisme historique figé et progrès pressenti… Ce temps où les choses se devinaient, sous-entendues et non sur-expliquées, finesse d’esprit et confiance face à la morne bêtise prédigérée et barbare d’aujourd’hui.
Enfin, mais de quoi parle-t-on ? D’un roman qui a pour cadre, en 1830, la vie, réglée dans l’opulence, bien sûr cela va de soi, d’aristocrates hobereaux normands, paysans pour moitié princes pour l’autre, élevant des chevaux, chassant, recevant (jusqu’à 600 convives) et posant, sur leurs immenses domaines, l’œil à la fois bienveillant et féroce de celui qui tient dans sa main gantée de cuir fin, les destinées de son lignage comme celles de sa domesticité.
Roger de Tainchebraye, au nez (masque) de cuir incarne cette conduite. Aimé par toutes et craint par tous. « Poignez vilains, ils vous oindront » me répétait ma mère…
L’intrique romanesque a peu d’importance : un comte, cavaleur assumé, vivra un amour impossible. Trop de sentiments et de points de suspensions à deviner le mèneront au ressentiment puis à la rupture, car il préfèrera, par égoïsme, sa déchéance, refusant l’amour pur qui lui était donné.
L’intérêt du roman, très documenté, réside à mon sens dans l’évocation de ce monde aristocratique de province, ses règles, ses humeurs, ses sous-entendus, cette réserve polie, ses sonneries, en un mot sa puissance et sa vitalité, mais aussi, dans le pressentiment, malgré les châteaux toujours amis, de l’effilochage inexorable de leur condition.
PS : Un film en fut tiré en 1952, avec Jean Marais. Où l’on s’aperçoit que l’imagination du lecteur surpasse, et de loin, ce film ultra convenu… Deux époques disais-je, ou comment enterrer la première… C’est fait