SUIS-JE LE GARDIEN DE MON FRÈRE ?
Contribution La Griffe Paris
Rubrique les Incontournables
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲▲
Facilité de lecture ▲▲▲▲△
Rapport avec le rite ▲▲▲▲▲
Dès l’abord, l’auteur remarque que la notion de fraternité est totalement neuve : elle n’a jamais pu se poser avant et pour cause puisque nous sommes en présence des deux premiers Frères de l’humanité.
Plus encore comment analyser les rapports et les responsabilités entre Abel Caïn et Dieu ?
Qui a commis une « faute » et y a-t-il faute ? La transgression est- elle un mal agir de la faute ?
Y a-t-il injustice, incompréhension, erreur maladroite, déni… Connaît-on la personnalité d’Abel notamment et quel « jeu » joue Dieu ?
Madame Surchat, agrégée et spécialiste de religion, va s’interroger sur : le refus de la responsabilité, l’éveil à la responsabilité, le chemin vers la responsabilisation enfin la responsabilité telle que Dieu la conçoit.
Les juristes définissent la responsabilité comme un triptyque :
Un fait générateur, un lien de causalité et un préjudice, ce qui entraîne généralement une indemnisation (voire une sanction).
Notre auteure se place sur une analyse plus « globale » : pourquoi admettre une responsabilité entre pairs ? Est-ce l’altérité qui peut définir une responsabilité ? Et si la responsabilité sans faute avait une existence quasi- « métaphysique » ?
Béatrice Surchat pose les questions que nous nous posons également mais elle le fait en philosophe, en théologienne parfois. Elle « creuse », elle décortique, elle pousse chaque raisonnement dans ses retranchements. Une phrase en amène une autre, une question une autre question.
Comme tout penseur elle s’appuie sur des prédécesseurs Levinas, Detienne, Chouraqui, Basset, Horvilleur, Wiesel… Pas de réponses toutes faites et simplificatrices mais un questionnement permanent.
Elle nous ouvre des perspectives inhabituelles : ainsi le meurtre est-il péché de la présence de l’autre ? Quels rôles jouent chacun des protagonistes ?
Certes elle n’envisage pas le meurtre comme l’opposition séculaire nomades/sédentaires. Mais elle propose d’autres clés de lecture.
Chaque chapitre est déjà une analyse en soi. Comment une réflexion pourrait-elle être définitive, péremptoire ? Et pourtant cette affirmation, optimiste, en guise de conclusion :
« la responsabilité est accablante (…) elle s’allège dès lors qu’il s’agit d’en faire un espace de créativité et de fécondité ou l’Autre a sa place »
Béatrice Surchat nous donne à penser, nous en aurons profit.