REFLEXIONS SUR LA QUESTION ANTISEMITE

Contribution La Griffe Midi-Pyrénées

Rubrique Métaphysique

Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲△

Facilité de lecture ▲▲▲▲△

Rapport avec le rite ▲▲▲△△

En ces temps de doute et de rejet où l’humanité se refuse à elle-même, Delphine HORVILLEUR, jeune femme, rabbin, philosophe, ancien mannequin et décorée de la légion d’honneur en 2020, livre ses réflexions sur l’antisémitisme. L’originalité de ses propos tient au fait qu’elle aborde le sujet depuis l’intimité de ceux qui le subissent. Elle investigue à travers des récits, légendes et mythes qu’elle explore dans la littérature juive des premiers siècles de notre ère.

Comment le peuple du Livre ressent-il l’antisémitisme et quelle explication peut-il en donner ? Pourquoi ce mal ancestral se réinvente-t-il de siècle en siècle, quelles que soient les situations politiques ou sociales ? Pourquoi cette obsession, perdure-t-elle ?

Tout y passe, la fatalité, la destinée, le péché originel, les causes, les effets jusqu’à la source que le Talmud situe symboliquement à la naissance de Jacob et de son frère jumeau Esaue.

L’auteure s’exprime avec talent, vivacité, sans détour, faisant fi du politiquement correct. Elle nous fait voyager à travers les époques des grands empires romain, chrétien ou musulman jusqu’au monde actuel. Elle assure parfaitement sa qualité de femme juive, libérale, rabbin et progressiste. Elle manie le symbole avec beaucoup de dextérité et de profondeur sans jamais tomber dans le dogme ou l’excès. Ses propos suggèrent une introspection de nous-mêmes qui n’est pas sans rappeler nos rituels. Elle évoque la peur et le rejet du Juif comme la peur et le rejet d’une partie de soi-même. 

Quand elle parle des époques impériales elle associe la complétude, l’universalisme, le droit à la différence, l’incomplétude, le rejet de la suprématie du « nous » sur le « je ». Lorsqu’elle évoque le 20ème siècle, elle se réfère à Jung, Derrida, Levinas, Freud ou Lacan dans un style didactique et surtout décomplexé. Elle aborde, au 21ème siècle, les grands thèmes qui font l’actualité, les droits des minorités mais aussi cette course insensée à la victimisation.

Cet essai, si bref soit-il, est pourtant complet et donne une vue singulière sur une partie de notre histoire. Il est, certes, intéressant sur le fond mais c’est surtout dans la forme qu’il trouve son originalité tant l’auteure associe avec beaucoup de pertinence la tradition à la modernité.

Pour l’ensemble de ces raisons, je recommande vivement cet ouvrage avec le sentiment qu’il plaira à nos frères, par les symboles qu’il évoque, lesquels leur paraitront évidemment familiers, et par les réflexions philosophiques et d’actualité qu’il expose.

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