: L’INVENTION DU REALISME
Contribution La Griffe Aquitaine
Rubrique Métaphysique
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲▲
Facilité de lecture ▲▲▲△△
Rapport avec le rite ▲▲△△△
Voilà je trouve un vrai livre de philosophie contemporaine. Exigeant, rigoureux, honnête. Le livre d’un philosophe sachant philosopher - et non polémiquer, ou invectiver, ou s’écouter penser.
L’argument de ce livre pose la question suivante : Comment se fait-il que nous autres, animaux humains, ayons pu un jour accéder à l’idée d’un « monde réel » qui existerait indépendamment de la conscience qu’on en a ?
C’est à cette question piégée que s’attaque le soldat Bimbenet, qui était encore récemment professeur à Bordeaux Montaigne. Question piégée par l’époque, où l’humain est devenu la cible préférée des philosophes, qu’il s’agisse des « animalistes », qui convoquent l’animal pour régler son compte à l’humanisme, ou encore des « matérialistes spéculatifs », qui mettant l’objet au-dessus du sujet, se font forts d’accéder enfin à la pensée de la « chose en soi ».
Bref. Ce que s’évertue à nous faire voir Bimbenet c’est le génial paradoxe dont semble être constitué l’être humain : l’homme n’accède pas au réel par la simplicité de sa vie de tous les jours. C’est au contraire d’abord par l’Idée, par l’idéal et par sa capacité à se figurer un absolu, que les choses deviennent pour lui « réelles » ; et ensuite - mais ensuite seulement - « vivables » dans leur contingence et notre finitude. Autrement dit et contrairement à l’animal, « c’est en visant l’idéal que l’homme atteint au réel ».
C’est par le pari fou de croire qu’il existe un « absolu », qu’il nous est donné de vivre les phénomènes. On « croit » avant de « vivre » et ce miracle provient, selon Bimbenet, évidemment du langage. Le langage - que ne possède pas l’animal - est par nature symbole, et c’est par le langage qu’on accède à la dimension de l’absolu, dimension universelle partageable par tous et sur laquelle repose la socialité du groupe.
Comme Adam qui, en nommant les animaux, les fait exister, nous « inventons ainsi le réalisme », d’où le titre de ce beau livre. Diablement écossais dans un sens.