ULTRA VIOLET
Contribution La Griffe Aquitaine
Rubrique Métaphysique
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲△
Facilité de lecture ▲▲▲▲▲
Rapport avec le rite ▲△△△△
L’auteure, ancien élève de normale supérieure, spécialiste en philosophie des religions, a été assistante de rédaction de la revue Esprit, et a publié « Paul Ricoeur, le courage du compromis » Elle effectue des recherches sur le corps et a publié en 2023 « Vivre Nu », où elle traite du naturisme.
Au Club Med et pour tous les « Rastignac du soleil », Jacques Séguéla compris, être bronzé a sens de bonne santé, à la fois physique, morale et financière. Toute sa jeunesse, de l’enfance à l’adolescence jusqu’à sa maturité autonome, elle a été accompagnée par sa mère avec une mécanique étrange, un « objet-émotion » au centre de toutes les attentions familiales : « la machine à bronzer », représentative des vacances accessibles à chaque instant. Ce levier de distinction sociale lui fait revisiter le mythe d’Icare, lequel cherche à exister auprès d’un père qui prend toute la place. Adam et Eve ne sont devenus homme et femme qu’après la chute, et Dédale n’est autre que l’homme du ressentiment, ce qui donne sens à la folie de noircir au soleil de sa mère, à contrario des africaines qui ont le souci de blanchir.
Romantiques, moralistes restent toujours blafards, contrairement à Nietzche, basané, qui raille Kant en lui précisant que l’homme doit être surmonté. Il s’était employé à fréquenter les endroits où le soleil « cogne » le plus fort. Le surhomme a un corps puissant et gravit les montagnes. Ainsi, le corps qui change d’état n’est pas un corps honteux, c’est un corps qui déploie ses possibles, et le corps d’Icare est joyeux car il véhicule le sentiment d’être soi. Puis arrive la catastrophe : ce roman est une gourmandise documentée, fluide, qui accompagne le lecteur dans un parcours agréable et dans divers mouvements sociaux, philosophiques, politiques, du snobisme à la culture pub, pour s’échouer sur le mélanome malin que le soleil va marquer sur le front de sa mère.
« C’est grisant d’avoir un corps à soi et de pouvoir l’abîmer à sa guise », et sculpter son corps a une valeur identitaire. L’écriture est virevoltante, souvent humoristique, et s’ébroue de paradoxes, nous aventure en compagnie du mâle astre solaire au fil des différentes mythologies et les peuples de la terre. Ce mal va finalement épargner sa mère laquelle va réinvestir cette obsession qu’est la quête d’une place au soleil.