LE MIROIR DES ÂMES SIMPLES ET ANÉANTIES
Contribution La Griffe Languedoc-Roussillon
Rubrique Métaphysique
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲▲
Facilité de lecture ▲▲▲△△
Rapport avec le rite ▲▲▲△△
Peu de temps après Jacques de Molay, Marguerite Porete ou Porette fut brûlée vive pour hérésie avec son ouvrage. Maître Eckhart eut, il est vrai quelques vicissitudes avec l’Église de Rome mais sans connaître le sort dramatique de Marguerite.
Le fait qu’elle fut considérée comme « béguine » y est sûrement pour quelque chose. L’Ordre du Temple vient d’être suspendu. L’Europe est dépeuplée de tous ces hommes, pères, frères, époux, parents, partis en Terre Sainte. La population féminine, en surnombre, se constitue parfois en moniales, couvents ou béguinages. Ces derniers, comme Ordres Mendiants sont soumis à une Règle mais ne prononcent pas de vœux, ce qui éveille la méfiance de l’Église.
Aussi, lorsque l’ouvrage de Marguerite paraît, Max Huot de Longchamps, auteur de l’introduction de la version du « miroir » dont je propose la découverte la cite : « Les béguines déclarent que je suis égarée, et les prêtres aussi, les clercs et les prêcheurs, les augustins, les carmes et les frères mineurs… ».
Afin d’apprécier ce très beau texte, il faut songer à ce qu’en dit l’auteur de l’introduction au « Miroir des âmes ». L’ouvrage fait référence à : « une expérience mystique dans une impossible lecture théologique ». C’est dire que l’appropriation de cet ouvrage ne peut être que le fruit d’une attitude intuitive, non intellectuelle, non spéculative. Ce sont des choses dont nous parlons beaucoup en Franc-Maçonnerie mais qui ne nous sont pas du tout familières dans les faits. Peut-être est-ce là la raison qui nous rend Marguerite Porete et son œuvre peu accessible. Elle dit elle-même cet avertissement que j’invite tout éventuel lecteur à garder en mémoire : « je vous prie par Amour : écoutez en grande application de cet entendement subtil qui est en vous… Autrement, tous ceux qui entendront cela le comprendront mal ».
L’anéantissement dont il s’agit est la prise de conscience fugitive et très partielle d’un lien entre l’Homme et la Transcendance. Il n’exprime pas le vide mais l’infini et ce lien est le sujet du livre. Il n’est point besoin de superlatifs ni de l’emphase d’un nouveau vocabulaire pour exprimer cet état d’être.
Le « fin Amour » de Marguerite Porete est celui de l’Amour Courtois des « Fidei d’Amore » de Dante.
La couverture du livre la représente les mains jointes, souriante et sereine au milieu des flammes du bûcher.