CE QUE LE JOUR DOIT À LA NUIT
Contribution La Griffe Aquitaine
Rubrique Coups de coeur
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲▲
Facilité de lecture ▲▲▲▲▲
Rapport avec le rite △△△△△
Algérie, 1930, Younes et le lecteur sont embarqués dans une histoire de famille et un contexte social complexe. Il est le fils d’un paysan ruiné, où père, mère et deux enfants échouent dans un quartier insalubre d’Oran. Son père dérive, s’alcoolise, Younes est alors recueilli par un oncle, musulman, pharmacien, marié à Germaine d’origine « pied-noir », catholique. Cet oncle est impliqué de façon marginale sinon accidentelle dans le soulèvement arabe, car ami de Messali HADJ. Il est inquiété par la police, et suite à une courte incarcération traumatique, ils partent se réfugier à Rio Salado, un bled calme du bord de mer. Younes entreprend des études de pharmacie, se lie avec une bande de copains, des jeunes locaux qui le surnomment Jonas. Surgit alors Emilie. Une idylle impossible se noue, qualifiée « d’incestueuse » par la propre mère d’Emilie avec qui il a eu, pendant un été algérien et dans sa chaleur torride, un instant d’égarement suite à une rencontre au bord d’une plage. Ces jeunes amants tombent sous le charme l’un de l’autre, sans jamais pouvoir s’approcher, conclure, exprimant sur un mode métaphorique le fossé qui se creuse entre les différentes communautés, ethniques, religieuses, alors que l’Algérie coloniale vit ses derniers feux dans un déchainement de violence aveugle.
Ce livre est magistralement écrit, subtil et fluide, plein de douces rêveries sensibles, accaparantes. Il emporte le lecteur dans une saga apocalyptique terrifiante d’amours adolescentes impossibles, qui voient les protagonistes s’échouer dans une colère douloureuse. Celle-ci va s’exprimer par diverses exactions dans l’un et l’autre camp, entre fellaghas et pieds-noirs, juifs et arabes, harkis désorientés et vindicatifs, l’OAS et tous les autres du FLN, conflits qui ne sont pas sans rappeler quelques impasses politiques actuelles. La liesse promise se transforme en tragédie, ils doivent renoncer non sans acrimonie à leur union, où Younes alias Jonas laisse filer Emilie dans un mariage sans passion avec un pied-noir qui finira assassiné pendant les émeutes. Leur dernière rencontre sera un ratage absolu, aux bords des accords d’Evian. Hommes, femmes, pays ne peuvent oublier leurs amours déçues, enfermées dans « la valise ou le cercueil ».
« J’étais allé au port voir partir les bannis. Les quais étaient submergés de passagers, de bagages, de mouchoirs d’adieu ». Younes ne peut se résoudre à l’idée que ce qui n‘avait pas commencé était bel et bien fini.
L’épilogue est à découvrir.