L’USURE D‘UN MONDE, UNE TRAVERSÉE DE L’IRAN
Contribution La Griffe Lorraine
Rubrique Coups de coeur
Intérêt général de l’ouvrage ▲▲▲▲▲
Facilité de lecture ▲▲▲▲▲
Rapport avec le rite ▲△△△△
Malgré les (dé)conseils du centre de crise des affaires étrangères mettant en garde l’auteur sur les risques d’emprisonnement et de mort, F_H. Deserable atterrit à l’aéroport Imam–Khomeini, Téhéran. Nous sommes en 2023, une jeune femme de vingt-deux ans se fait arrêter par la police des mœurs : Mahsa Amini… Une mèche qui dépasse vient de voler une vie.
Pourquoi un tel voyage sous couvert d’une activité de « love writer » ? Se rendre compte, déjà, voir si ce que l’on dit est vrai, témoigner… sûrement.
Voir ce qui a changé en esprit, aussi, depuis 1953, date où Bouvier et Vernet (*), en Fiat Topolino (569 cm3) chargée à bloc, traversèrent l’Iran du nord au sud, poèmes perses recopiés sur la portière. Prendre la vraie mesure du monde et son pouls.
Et puis faut-il toujours une raison ?
Guidé par une carte claire (merci) nous suivons l’auteur dans ce pays de la contrainte, de la peur, de la perte de toute liberté, un pays muselé par la dictature d’un régime féroce. …L’abîme.
Mais du fond de l’abîme clame la voix du courage, des attroupements furtifs et spontanés aux manifestations plus fournies, lieux d’actes insensés : retirer son hidjab (la vérité se dévoile), clamer « mort au dictateur », les cheveux au vent, rire, baisser le rideau de son commerce par solidarité, se parler dans la rue ou jouer d’un instrument mènent en prison et davantage.
Résistance.
Comment rendre compte ? Par le biais d’une écriture a minima, qui rapporte la vie de tous les jours, ses quiproquos, les rencontres, simplement, « légèrement », au ton sous-entendu de connivences, avec humour souvent, en contrepoint, témoignant, ainsi, de la peur surmontée par le courage d’un peuple et d’un pays face à une tragique absurdité.
Une belle leçon qui nourrit une profonde empathie. Souhaitons qu’elle ne se dissolve pas passées les dernières pages. Nous avons beaucoup de chance de vivre en pleine lumière, penser et rire.
D’autres espèrent ce temps … Il reviendra. Il faut qu’il revienne.
*Lire « l’usage du monde »